HORIZON KIBAROU:
Propositions pour la Guinée de demain

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Que faut-il attendre du Premier Président de la Vè République de la Guinée ?

HORIZON KIBAROU
Jan 6, 2026

Guinée : et si l’on tournait enfin la page pour l’intérêt supérieur national ?

Depuis l’indépendance, la République de Guinée a rarement connu une période de consensus national durable.
Dans son allocution du 4 janvier 2026, prononcée à l’issue du scrutin présidentiel du 28 décembre – victoire confirmée le même soir par la Cour suprême –, le Président élu a qualifié la Guinée de « notre paradis ». Une formule forte, qui traduit à la fois l’attachement profond à la Nation et l’espoir d’un nouveau départ.

Pourtant, notre pays, cher à tous – femmes comme hommes, pauvres comme riches, Guinéens de la diaspora, comme ceux de l’intérieur sur l’ensemble de ses 245 857 km² – demeure profondément marqué par des fractures politiques, mémorielles et sociales. Ces divisions, anciennes et parfois ravivées par l’actualité, continuent de peser sur le vivre-ensemble et sur la construction d’un projet national partagé.

Le temps du rassemblement national

Et si, justement, le Premier Président de la Ve République s’exerçait pleinement à ce difficile mais noble exercice du rassemblement national ?
Et si, pour la première fois depuis longtemps, les Guinéens se remettaient à rêver ensemble, à regarder dans la même direction, au-delà des camps, des rancœurs et des calculs partisans ?

Le moment semble propice à un changement de méthode et de ton. La Guinée ne pourra se projeter durablement vers l’avenir qu’en substituant à la logique de confrontation permanente une culture du dialogue, de l’écoute et de la responsabilité collective. Aucun pays ne se construit dans l’exclusion. En Guinée, plus qu’ailleurs, la cohésion nationale reste la condition première de toute ambition de développement.

Gouverner après l’uniforme : un défi historique

La question est simple mais essentielle : que faut-il au nouveau Président, hier militaire, pour rassembler tous les Guinéens autour d’un même projet national ?

L’Histoire montre que les transitions réussies reposent sur un triptyque clair : l’autorité, l’humilité et la vision.
Lautorité pour garantir l’ordre républicain et la stabilité des institutions.
L’humilité pour reconnaître la diversité des opinions et accepter la contradiction.
La vision, enfin, pour tracer une trajectoire lisible, inclusive et mobilisatrice.

Passer de l’uniforme au costume civil ne relève pas uniquement d’un symbole. C’est une transformation profonde de posture politique, où la force de l’État se mesure moins à la contrainte qu’à la confiance qu’il inspire.

La paix comme boussole politique : « La paix n’est pas un mot, c’est un comportement. »

Cette maxime d’un illustre Président africain reste d’une actualité saisissante. Elle rappelle que la paix ne se proclame pas : elle se pratique, au quotidien, dans les actes, les décisions et les discours.

Entre la fin des années 1970 et le début des années 1980, en Côte d’Ivoire, cette pensée était diffusée comme Pensée du jour du Chef de l’État. À cette époque, Laurent Gbagbo incarnait une opposition vigoureuse face à Félix Houphouët-Boigny, tandis qu’Alassane Dramane Ouattara, aujourd’hui Président, était encore peu connu du grand public.
L’Histoire politique africaine montre ainsi que les parcours se croisent, que les antagonismes peuvent évoluer et que les réconciliations, bien que difficiles, restent possibles.

Tirer les leçons du passé guinéen

À la même période, en Guinée, des cadres comme Ibrahima Kassory Fofana, Ousmane Kaba, Mady Kaba Camara et Cellou Dalein Diallo entouraient le Président Lansana Conté. Ils ont participé, en tant que techniciens et technocrates, à la mutation de la Première vers la Deuxième République libérale.

Cette séquence constitue une page importante de l’Histoire nationale, même si elle fait aujourd’hui l’objet de lectures divergentes. Au-delà des clivages actuels, ces anciens responsables disposent d’une expérience avérée de l’État, d’une connaissance approfondie des dossiers stratégiques et de réseaux utiles à l’action publique.

Dans un cadre de réconciliation sincère, fondée sur la dignité et le respect mutuel, cette expertise pourrait contribuer à éclairer les choix du présent, à relancer des projets en sommeil et à éviter certaines erreurs déjà connues.

Guinée 2026 : l’heure des choix courageux

Revenons à la Guinée de 2026.
Que peut faire le nouveau Président pour apaiser durablement le climat politique ?
Et que doivent faire, de leur côté, les acteurs politiques d’hier pour permettre au pays d’avancer ?

Un acte symbolique et politique s’impose : le pardon.

La question des détenus considérés, à tort ou à raison, comme des prisonniers politiques demeure une source majeure de tension. Après près de quatre années de détention, des figures comme Ibrahima Kassory Fofana, Mohamed Diané, Oyé Guilavogui, Ibrahima Kourouma ou Bill-Gate Sylla – Amadou Damaro Camara étant déjà en liberté – continuent de cristalliser les débats et les frustrations.

Le Président pourrait s’inspirer de son propre geste du 8 septembre 2021, lorsqu’il avait procédé à la libération de plusieurs prisonniers politiques du régime précédent détenus à la Maison centrale. Cet acte avait été largement salué et avait renforcé son capital de confiance. Dans un contexte actuel marqué par une polarisation accrue, un signal similaire pourrait contribuer à restaurer la confiance nationale.

Aux anciens ténors politiques revient également une responsabilité : accepter d’accompagner les autorités actuelles, non par opportunisme, mais par sens de l’État, en mettant leur expérience et leurs réseaux au service de l’intérêt général.

Un mandat placé sous le signe de l’espoir

Un nouveau mandat doit être porteur d’espoir.
Un espoir pour les partisans du pouvoir comme pour ses adversaires.
Un espoir pour ceux qui se sentent lésés, à tort ou à raison, par l’exercice de l’autorité.

La Guinée n’a pas besoin d’effacer son passé, mais de l’assumer avec lucidité. Elle doit tourner la page sans l’arracher, pour construire un avenir fondé sur la paix, la justice, la vérité et la réconciliation.

Rassurer, tendre la main, écouter et pardonner : telles sont les bases d’un leadership durable.
C’est à ce prix que la Guinée pourra se réconcilier avec elle-même et avancer, unie, vers le développement.

TAGS : GuinéePolitique

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