
Fouta Djalon : du grenier agricole à l’urgence de la transformation industrielle
Le Fouta Djalon est souvent qualifié de grenier des cultures vivrières de la Guinée. Des localités comme Timbi-Madina (préfecture de Pita) se distinguent particulièrement par la production de la pomme de terre, devenue une culture emblématique de la région. À cela s’ajoutent d’autres spéculations agricoles majeures, notamment le fonio, aujourd’hui produit en quantités significatives et exporté vers des pays voisins comme le Sénégal, voire vers des marchés plus lointains (Europe, États-Unis), grâce notamment au programme AGOA, qui permet l’accès de certains produits africains au marché américain hors droits de douane.
Cependant, le contexte international évolue. La nouvelle administration américaine, sous Donald Trump, a fortement ralenti, voire remis en cause, plusieurs mécanismes de coopération multilatérale, tout en durcissant récemment les restrictions de visas à l’égard de certains pays africains, dont la Guinée. Cette réalité pose une question fondamentale : les pays africains ne devraient-ils pas davantage compter sur eux-mêmes en transformant localement leurs richesses agricoles ?
Transformer sur place : une nécessité stratégique
À la lumière de ces constats, il devient évident que l’Afrique, et la Guinée en particulier, doit changer de paradigme. Produire ne suffit plus. Il faut transformer, créer de la valeur ajoutée, des emplois et des revenus durables.
La Guinée, riche en ressources minières, gagnerait à accorder autant d’attention à l’industrie agroalimentaire qu’au secteur minier, afin de diversifier son économie et de réduire sa dépendance aux exportations brutes.
Le cas emblématique de la mangue
L’exemple de la mangue est révélateur. Chaque saison, des quantités considérables sont produites à travers le pays, mais une grande partie est gaspillée ou pourrit faute de débouchés industriels. Dans le même temps, la Guinée importe des jus de mangue, payés en devises étrangères, ce qui pèse lourdement sur la balance commerciale nationale.
La mise en place d’unités industrielles de transformation (jus, pulpes, concentrés, mangues séchées) permettrait non seulement de réduire ces importations, mais aussi de valoriser la production locale et d’offrir de nouveaux débouchés aux producteurs.
Un potentiel agricole encore sous-exploité
Ce raisonnement peut être étendu à de nombreuses autres filières :
Oranges et agrumes, produits en abondance à certaines périodes ;
Ananas, Mangue en Basse Guinée ;
Café, cacao, hévéa, banane en Guinée forestière ;
Manioc, mil et fonio en Haute Guinée.
Fonio, Pomme de terre au Fouta
Autant de richesses agricoles qui, faute de transformation locale, quittent le pays à l’état brut ou se perdent, alors qu’elles pourraient constituer la base d’une véritable industrialisation endogène.
L’élevage : un pilier oublié de la souveraineté alimentaire
À ces filières agricoles s’ajoute un autre secteur tout aussi stratégique : l’élevage, pratiqué dans les quatre régions naturelles de la Guinée, avec une prédominance notable au Fouta Djalon. Au regard de l’ampleur du cheptel national, la Guinée ne devrait plus importer un seul kilogramme de viande.
Pourtant, la réalité est tout autre. Le pays continue d’importer considérablement de la viande et massivement du lait et des produits laitiers, un autre talon d’Achille de notre économie. Il suffit de faire un tour dans les supérettes et supermarchés pour constater que le lait importé domine largement les rayons, tandis que la production locale reste marginale.
Même les mini-industries de yaourts, qui émergent ici et là et conditionnent localement leurs produits, mériteraient d’être soutenues et structurées afin de satisfaire la consommation nationale. Avec une politique volontariste et des investissements ciblés, la Guinée pourrait raisonnablement viser 70 à 80 % de couverture de la demande locale en lait et produits dérivés.
Conclusion
La question n’est donc plus de savoir si la Guinée doit investir dans l’agro-industrie et l’élevage, mais quand et avec quelle volonté politique. Dans un monde de plus en plus protectionniste, transformer localement ses produits agricoles et valoriser son potentiel pastoral n’est plus une option, mais une urgence économique, sociale et stratégique.

Par Ibrahim Kapi
Aujourd'hui le monde, Demain la Guinée
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