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Hommage – 17 ans déjà Souvenirs d’un ami : Naby Diakité

HORIZON KIBAROU, Par Ibrahim Kapi
Mar 14, 2026
📍 Conakry

Hommage – 17 ans déjà : Souvenirs d’un ami : Naby Diakité

Parler de Naby Diakité… un livre entier n’y suffirait sans doute pas, encore moins un simple article. Pourtant, à l’occasion du 17ᵉ anniversaire de son rappel à Dieu, ce 14 mars 2026, l’envie m’est venue de replonger dans les souvenirs partagés avec cet ami exceptionnel, parti bien trop tôt.

Ce témoignage se veut à la fois un devoir de mémoire et un hommage personnel. Car Naby Diakité n’était pas seulement un cadre brillant et un homme d’État prometteur ; il était avant tout un homme de cœur, fidèle en amitié, profondément attaché à sa famille et à ses valeurs.

Afin de restituer au mieux la richesse de son parcours et la profondeur de notre relation, j’ai choisi de partager ce récit en quatre parties, retraçant à la fois l’homme public et l’ami que j’ai connu :

Ma rencontre avec Naby Diakité
• Naby Diakité à Paris
• Son retour à Conakry et la rencontre avec la femme de sa vie
• Le technicien de la décentralisation, le ministre et sa disparition brutale


Dans cette première partie, je souhaite revenir sur la genèse de notre relation, le début d’une amitié sincère qui allait marquer durablement ma vie.

Il y a des rencontres qui paraissent ordinaires sur le moment, mais qui, avec le recul, prennent une dimension particulière. Ma rencontre avec Naby Diakité appartient à cette catégorie. Elle fut le point de départ d’une relation faite de respect mutuel, de confiance et de complicité.

En repensant à lui aujourd’hui, je mesure combien le temps passe vite. Dix-sept ans déjà que Naby Diakité nous a quittés. Il n’avait que 45 ans lorsque Dieu l’a rappelé à Lui, le 14 mars 2009.

L’homme que beaucoup ont connu comme un cadre brillant et un responsable public engagé était, pour moi, avant tout un ami sincère, un homme droit, discret mais profondément humain.

Première partie : Ma rencontre avec Naby Diakité

Un homme de valeurs, fidèle en amitié et profondément attaché à la famille

La disparition de Naby Diakité, ancien ministre sous les présidences de Lansana Conté et de Moussa Dadis Camara, continue de raviver chez ceux qui l’ont connu le souvenir d’un homme profondément humain, loyal et viscéralement attaché aux valeurs de l’amitié et de la famille.

Pour ma part, mon histoire avec lui remonte aux années 1980-1985 à Paris, une période où la diaspora guinéenne vivait dans un esprit de fraternité et de solidarité qui reste aujourd’hui encore gravé dans la mémoire collective.

C’est mon ami et « sosie » Mohamed Sampil, que j’appelais affectueusement Frédy, qui me le présenta un week-end. Il était accompagné de son cousin Naby Diakité, venu de Grenoble, dans l’Isère, avec sa petite amie de l’époque, Anne, une grande étudiante française originaire de Bretagne.

Ils étaient venus passer quelques jours à Paris, sans imaginer que ce séjour marquerait le début d’une nouvelle étape dans la vie de Naby.

À cette époque, les week-ends sportifs au Parc de Vincennes constituaient un véritable point de ralliement pour la communauté africaine. Notre équipe de football, Africa-Star, y jouait régulièrement et attirait une foule bigarrée : Guinéens de toutes les régions, Africains d’autres pays, Antillais, Sud-Américains et amis européens.

On y venait bien sûr pour jouer au football, mais aussi pour discuter, rire et retrouver un peu de chaleur humaine loin du pays. Ces rencontres dépassaient largement le cadre du sport : elles étaient devenues un véritable espace de fraternité et de retrouvailles pour toute une génération de jeunes Africains vivant à Paris.

Séduit par cette ambiance conviviale et par la vie parisienne, Naby décida finalement de s’installer à Paris, rejoignant sa compagne qui habitait dans le XIIIᵉ arrondissement, du côté de Tolbiac. Il poursuivit alors ses études à l’université Paris-X Nanterre.

Quelques années plus tard, il déménagea aux Abbesses, dans le XVIIIᵉ arrondissement, près du métro du même nom. Il y occupait un petit appartement de deux pièces au deuxième étage. Sans l’avoir vraiment prévu, ce lieu devint rapidement l’un des principaux points de ralliement de la jeunesse guinéenne de Paris.

La suite de cette histoire, faite d’amitié, de solidarité et de souvenirs inoubliables, mériterait à elle seule plusieurs récits tant la vie sociale et amicale de Naby était riche en anecdotes.

À cette époque, je travaillais en Normandie, à L’Aigle, dans l’Orne. Malgré la distance, nous étions devenus très proches. Nos conversations nous amenèrent souvent à évoquer nos souvenirs d’enfance à Koulewondy, où sa famille habitait dans les villas situées dans l’enceinte de l’hôpital Ballay, devenu plus tard Ignace Deen.

Je découvris alors que plusieurs membres de sa famille m’étaient déjà familiers, notamment son grand frère Moussa Fofana, Sidi, Alpha Oumar et bien d’autres encore — sauf lui, paradoxalement.

Notre amitié devint si forte que Naby n’hésitait pas à faire régulièrement le déplacement de Paris jusqu’à L’Aigle pour me rendre visite les week-ends. Fidèle à son caractère sociable, il s’y fit rapidement de nombreuses relations.

Il faut dire qu’à L’Aigle, Frédy et moi étions devenus des figures locales, notamment grâce au football et aux articles de la presse régionale — Ouest-France Normandie, Le Réveil Normand ou encore L’Aigle Dimanche — qui évoquaient régulièrement nos performances sportives.

Dans les rues de la ville, Naby s’amusait de cette popularité et, avec l’humour qui le caractérisait, n’hésitait pas à se présenter comme l’ami de Camara et de Sampil.

Les fins de match étaient souvent mémorables. Lorsque l’équipe gagnait, il animait avec enthousiasme les discussions d’après-match. Mais les soirs de défaite, il se transformait en véritable Thierry Roland, analysant chaque action avec passion : pourquoi Frédy n’avait pas concrétisé telle occasion, pourquoi j’avais retardé tel centre alors que Christophe attendait pour placer sa tête.

Parfois, il lançait avec humour :

« François Beugeut est un mauvais capitaine, il faut lui retirer le brassard et le donner à un Black… »

— suivez mon regard — il pensait évidemment à Frédy, notre avant-centre et incontestable numéro 9.

Naby savait aussi créer une ambiance inoubliable. Je me souviens notamment de mon mariage célébré à L’Aigle : ce jour-là, c’est lui qui avait pris les commandes de l’animation comme disc-jockey. Avec son sens naturel de la fête, il avait réussi à électriser la salle au point de faire danser tout le monde, même les personnes à mobilité réduite dans leurs chaises, tant l’ambiance qu’il avait créée était exceptionnelle.

Naby était également profondément attaché aux plus jeunes. Un de mes neveux, Bouba Ndiaye, qu’il appelait affectueusement « Yolföè », devint presque plus son neveu que le mien. Il alla jusqu’à le faire venir de L’Aigle à Paris pour devenir son tuteur.

Je lui dois en grande partie la réussite de Boubah. Grâce à son accompagnement et à ses conseils, ce dernier a pu terminer ses études, fonder sa famille et travaille aujourd’hui à Paris. Jusqu’à la fin de sa vie, Naby n’a cessé de le défendre et de l’encourager, comme un véritable avocat.

C’était cela, Naby : un ami loyal, généreux et profondément humain.

À suivre

Partie 2 : Notre vie à Paris
avec l’histoire de l’appartement des Abbesses et de Bébé.

Partie 3 : Son retour en Guinée et la rencontre avec la femme de sa vie.

Partie 4 : Le technicien de la décentralisation, le ministre et sa disparition brut
ale le 14 mars 2009.

Par Ibrahim Kapi
Aujourd'hui le monde, Demain la Guinée




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