
Le Rwanda, sous-traitant de l’Occident : Confidence d'un Franco-Congolais sur la Guerre invisible au Sud-Kivu
« Comment un pays dont la population est neuf fois moins nombreuse et la superficie quatre-vingt-neuf fois plus petite que celle du Congo peut-il s’imposer face à lui ? »
C’est la question que j’ai posée à M. Grégoire K, chauffeur Bolt, rencontré par hasard ce mercredi 24 décembre, lors d’un trajet Paris – Roissy Charles-de-Gaulle (Terminal 2E). Je me rendais à Lille, dans le nord de la France, pour passer Noël auprès de ma fille et de mes petits-enfants.
Voici l’essentiel de notre échange, que j’ai souhaité partager avec mes lecteurs durant ce trajet, avant de prendre le TGV pour Lille-Flandres.
Une rencontre ordinaire, un discours percutant
« Il conduit comme un Africain… alors que nous, nous sommes des originaux. »
C’est par cette phrase, mi-ironique, mi-sérieuse, que débute la première intervention de Grégoire K, après avoir attendu cinq minutes devant le 26, rue de Pali-Kao, avant de nous voir monter à bord de sa voiture hybride, étonnamment silencieuse.
À cet instant, je situe immédiatement l’homme. Son français est clair, structuré, précis. Intérieurement, je m’interroge : pourquoi est-il chauffeur Bolt ? Sans détour, je lui affirme qu’il est Congolais.
— « Comment le savez-vous ? » me rétorque-t-il.
— « À votre accent », lui répondis-je.
La glace est brisée. La conversation devient presque familière, tandis que Mme Camara, mon épouse, assise à mes côtés, écoute attentivement.
« Le Rwanda n’est qu’un paravent »
Revenant au fond du sujet, Grégoire K. m’impressionne par sa parfaite maîtrise de l’histoire et des enjeux géopolitiques de la République démocratique du Congo.
« Nous ne sommes pas en guerre contre le Rwanda. Nous sommes attaqués par de grandes puissances internationales qui exploitent les ressources stratégiques du Congo pour faire tourner leurs industries. Pour cela, elles utilisent le Rwanda comme sous-traitant afin de masquer une forfaiture ignoble, néocoloniale et moralement répugnante. Le Rwanda n’est qu’un paravent. »
Congolais dans l’âme, Grégoire reste profondément attaché à son pays. Ingénieur de formation, il se rend régulièrement à Kinshasa, notamment pour les vacances. Il nourrit également un projet concret : investir, avec des partenaires, dans la conservation et l’industrialisation des produits agricoles, une problématique largement partagée par de nombreux pays africains.
En Afrique, la priorité appartient au plus pressé
Prévenant et rigoureux au volant, Grégoire me raconte une scène vécue à Kinshasa, lors d’une visite au pays de la mère d’Amadou Diaby.
Arrivé à un carrefour, il marque un stop, laissant passer les véhicules venant de sa gauche, conformément au code de la route. Après quelques minutes, les automobilistes derrière lui commencent à klaxonner avec insistance. L’un d’eux descend et lui lance :
— « Eh ! Tu as fumé un joint ou quoi ? Si tu n’avances pas, nous, on est pressés ! »
Grégoire explique calmement qu’il respecte la priorité. L’homme lui répond sèchement de « dégager », ajoutant qu’en Afrique, la priorité appartient au plus pressé.
À ce moment précis, une sirène retentit. Un haut gradé congolais traverse le carrefour, immobilisant tous les véhicules.
— « Voilà, Monsieur », conclut l’autre, s’adressant au congolais de Paris. « Lui, il est plus pressé que nous tous. A-t-il respecté la priorité ? »
La réponse est évidente : non. Mais Grégoire, lui, martèle qu’il respectera toujours le code de la route, en Afrique comme ailleurs.
Avant de nous déposer, il me laisse ses coordonnées, me proposant de m’accompagner à l’aéroport pour mon voyage retour à Conakry, tout en exprimant sa foi et son optimisme dans la capacité de l’Afrique à changer.
En descendant de la voiture, je lui confie qu’en Guinée, mon pays d’origine, je connais des personnes qui achètent une voiture et apprennent à conduire avec le même véhicule.
— « Merci, M. Camara », me répond-il en souriant, avant d’ajouter :
— « C’est pire encore au Congo. »

Par Ibrahim Kapi
Aujourd'hui le monde, Demain la Guinée
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