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Du CNRD à la République : le passage délicat vers un Etat civil

HORIZON KIBAROU
Jan 21, 2026

De la transition au pouvoir républicain : un tournant décisif de Mamadi Doumbouya

L’élection de Mamadi Doumbouya à la présidence de la République ouvre une page nouvelle et décisive de l’histoire politique de la Guinée. Ce scrutin ne marque pas seulement une victoire électorale mais engage une responsabilité majeure pour l’avenir du pays.

Le nouveau chef de l’État est désormais attendu sur un défi central transformer une gouvernance de transition portée par le CNRD en un pouvoir civil démocratique stable et durable. Il s’agit de faire passer l’autorité issue des armes vers une légitimité pleinement républicaine fondée sur les institutions et la loi.

La première urgence pour le président élu n’est pas de célébrer son succès mais de lui donner un contenu politique solide. Une élection ne gouverne pas à elle seule. Elle doit se traduire par une capacité réelle à décider à agir et à rassembler. Mamadi Doumbouya devra convertir la dynamique électorale en un capital populaire organisé capable de soutenir son action dans le temps, d’expliquer ses réformes et de défendre ses choix sur toute la durée du mandat. Sans relais politiques clairs et sans organisation structurée le pouvoir resterait fragile et exposé aux blocages.

Dans toute démocratie le président a besoin d’une force politique qui le soutient. La création d’un parti ou d’une coalition majoritaire est donc incontournable. Cette force devra jouer dans un cadre civil le rôle d’orientation et d’arbitrage des priorités en appui à l’action gouvernementale. Sans majorité assumée aucun chef d’État ne peut gouverner durablement car il devient dépendant d’alliances instables et d’arrangements de circonstance qui affaiblissent l’autorité et la cohérence de l’action publique.

La question du devenir du CNRD constitue un autre enjeu majeur. La disparition de cet organe en tant que centre de décision politique est une condition essentielle de la nouvelle République. Les membres du CNRD ont joué un rôle historique dans la transition et ce rôle doit être reconnu. Mais la neutralité républicaine de l’armée doit être préservée. La voie la plus équilibrée consiste à permettre à la majorité de ces officiers de retourner dans leurs fonctions militaires avec des perspectives compatibles avec leur statut tout en évitant une reconversion collective dans la politique civile. L’espace politique doit rester ouvert uniquement à titre individuel à ceux qui font le choix clair de quitter l’armée afin de garantir une séparation nette entre les casernes et la vie politique.

Cette séparation pose aussi la question de l’administration territoriale. Depuis septembre 2021 de nombreux gouverneurs préfets et sous-préfets sont des militaires installés dans des fonctions civiles. Leur maintien durable poserait un problème de cohérence démocratique. En même temps un remplacement brutal créerait frustrations et résistances. La transition devra donc être progressive et bien pensée avec des solutions de reconversion pour ceux qui quittent ces postes et une montée en puissance graduelle de cadres civils formés pour administrer le territoire. Un calendrier clair et public devra être défini pour parvenir à une administration entièrement civile avant les élections locales.

L’organisation des prochaines élections communales et législatives ainsi que la mise en place des institutions élues représentent un chantier lourd et sensible. Le président devra garantir la neutralité totale de l’administration pendant les scrutins et veiller à ce que les règles du jeu soient comprises et acceptées par tous. Il faudra éviter les sentiments d’exclusion ou d’humiliation chez ceux qui détenaient auparavant des responsabilités administratives. Un dialogue constant avec les partis politiques et les acteurs sociaux sera indispensable pour prévenir les tensions après les élections.

Pour gouverner durablement Mamadi Doumbouya devra aussi fédérer autour de lui.


Jusqu’ici la transition a reposé sur un ensemble hétérogène de technocrates de politiques de membres de la société civile et de militaires. Cette diversité a permis de gérer l’urgence mais elle ne suffit pas pour gouverner sur le long terme. Une majorité cohérente disciplinée et démocratiquement assumée est nécessaire pour porter une vision claire et un projet commun sur plusieurs années.

L’avenir de la nouvelle République dépendra moins des intentions que des choix institutionnels concrets. La création d’une force politique civile, le retrait effectif de l’armée du champ politique, la réforme de l’administration territoriale, l’organisation d’élections crédibles et la construction d’une majorité démocratique constituent la véritable feuille de route du nouveau président.


Mamadi Doumbouya se trouve aujourd’hui face à l’épreuve la plus exigeante de son parcours : réussir le passage du chef de la transition au statut du Président de la République par les institutions et non par la force. C’est à ce prix que son pouvoir pourra devenir pleinement civil démocratique et durable.

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