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Guerre américano-israélienne contre l’Iran et convictions politiques

Avis & Communiqués
Mar 17, 2026

Guerre américano-israélienne contre l’Iran et convictions politiques


La leçon venue de Téhéran... Par Abdoulaye Condé

Depuis plus de trois semaines, l’Iran, confronté aux bombardements des aviations américaine et israélienne, avec des centaines de victimes humaines et des dégâts matériels considérables, administre de coûteuses répliques aux coalisés et à leurs alliés, les monarchies du Golfe, que les experts de ces deux armées parmi les mieux équipées du monde n’avaient pas prévues.

Mais, au-delà de la résistance sur le front militaire, c’est surtout l’attachement et la fidélité à leur régime que les dignitaires iraniens donnent en exemple au monde, et particulièrement à la Guinée, où la transhumance politique semble être devenue une véritable religion chez nombre d’hommes publics et de cadres.

La campagne aérienne américano-israélienne contre l’Iran a décimé les plus hauts échelons du pouvoir politique et militaire, détruit des infrastructures essentielles de commandement et de contrôle, ainsi que plusieurs capacités de combat, tout en endommageant des bâtiments civils à travers le pays.

Les opérations ont débuté par des frappes ciblées sur Téhéran, Ispahan, Qom, Karaj et Kermanchah. Un nombre important de figures clés du pouvoir ont été tuées, dont le Guide suprême de la Révolution, l’ayatollah Ali Khamenei, le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale Ali Shamkhani, l’ancien président de la République islamique Mahmoud Ahmadinejad, le ministre de la Défense Aziz Nasirzadeh et son successeur Majid Ebnelreza, ainsi que la fille, le gendre et la petite-fille du Guide suprême.

Pourtant, la structure dirigeante de Téhéran est restée étonnamment résiliente. Malgré l’intensité des frappes et des destructions, aucune défection significative au sein du régime ni aucun soulèvement populaire n’ont été signalés jusqu’à présent.

Téhéran riposte avec vigueur. Les drones et missiles iraniens s’abattent sur des cibles dans les monarchies du Golfe et mettent les États-Unis et leurs alliés en difficulté, au point que le président Donald Trump, agacé et impuissant, appelle certains pays à intervenir pour rouvrir le détroit d’Ormuz bloqué par l’Iran.

Il avait déjà demandé l’aide de l’Ukraine pour contrer les drones Shahed.

Le dimanche 15 mars, les Gardiens de la révolution islamique ont frappé les installations américaines d’Al-Harir à Erbil, ainsi que les bases d’Ali Al-Salem et d’Arifjan, tout en menaçant de traquer et d’éliminer le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Les Iraniens démontrent ainsi à la face du monde que, malgré une guerre asymétrique, ils peuvent infliger d’importants dégâts à Israël, aux États-Unis et à leurs alliés dans la région du Golfe persique.

Ils montrent également que le régime islamique ne se résume pas à la figure du Guide suprême assassiné, mais qu’un puissant appareil d’État demeure en place et que la suite ne peut avoir de légitimité que si elle est décidée par les Iraniens eux-mêmes, et non par ceux qui, à des milliers de kilomètres, prétendent décider pour eux.

La partie est donc loin d’être gagnée. Depuis 1979 et la chute du Shah, le régime islamique s’est solidement enraciné. La désignation du fils comme nouveau Guide suprême de la République islamique après l’assassinat du père constitue un double message adressé aux États-Unis de Donald Trump et au reste du monde.

En effet, alors que le défunt Ali Khamenei avait suggéré, au cas où il lui arriverait quelque chose, le nom de l’ancien président du Parlement Ali Larijani, les membres de l’Assemblée des experts, représentant l’ensemble des structures politiques et étatiques du pouvoir, ont décidé que le nouvel ayatollah serait son fils, Mojtaba Khamenei, notamment pour adresser une cinglante réplique à Donald Trump qui s’était publiquement opposé à cette succession.

« Le candidat le plus approprié, approuvé par la majorité de l’Assemblée des experts, a été choisi contre la volonté du Grand Satan », a déclaré Mohsen Heydari, représentant de la province du Khouzestan à l’Assemblée.

Les Iraniens défient ainsi non seulement les États-Unis et Israël, mais affirment aussi solennellement au monde entier que la ligne politique tracée en 1979, après la chute du Shah, par le fondateur de la République islamique, l’ayatollah Rouhollah Mousavi Khomeini, n’est pas imposée par un homme ou un clan, mais constitue l’expression d’un régime et d’un peuple.

À partir de là, ils affirment que l’ayatollah Khomeini et l’ayatollah Khamenei ne sont devenus de grandes figures de l’histoire iranienne que parce qu’ils ont incarné cette ligne politique voulue et assumée, pour la défense de laquelle ils étaient prêts à offrir leur vie.

Quelle force de caractère.

Il est difficile, sinon impossible, de trouver dans l’histoire des nations des exemples comparables d’une telle résistance nourrie par des convictions aussi profondes chez les dignitaires d’un régime en pleine épreuve.

Sous beaucoup de cieux, dans un monde soumis à la loi du plus fort et à l’opportunisme des élites, dès les premières difficultés, les collaborateurs et compagnons prennent rapidement leurs distances avec le chef accablé de toutes les dérives, avant de se livrer au spectacle des retournements de veste.

Récemment, le 3 janvier 2026, au Venezuela, il a suffi de la capture du président Nicolás Maduro et de son épouse, exfiltrés vers les États-Unis sous des accusations de narcoterrorisme, pour que la vice-présidente Delcy Rodríguez, élevée à la présidence de la République, se plie aux injonctions du président américain Donald Trump exigeant la livraison du pétrole réclamé par Washington et la suspension de l’approvisionnement de Cuba.

Si, malgré un embargo persistant, le président Miguel Díaz-Canel et ses collaborateurs continuent de maintenir le caractère communiste du régime cubain, 65 ans après sa proclamation par Fidel Castro le 16 avril 1961 et 18 ans après la disparition du Líder Máximo, le 24 février 2008, il est rare dans l’histoire récente de voir une persévérance comparable à celle que démontrent aujourd’hui les dignitaires iraniens.

Ils affirment que ce régime est le leur et non la propriété personnelle de Khomeini ou de Khamenei. La mort du Guide ne change rien à leurs convictions ni à leur détermination.

C’est aussi une manière d’avertir que même si le nouveau Guide suprême, Mojtaba Khamenei, recherché pour 10 millions de dollars, venait à être éliminé, la résistance continuerait jusqu’au dernier souffle du dernier partisan.

Le régime islamique tombera ou ne tombera qu’avec tous ses dignitaires.

Tout le contraire de la fin humiliante de Saddam Hussein, victime à la fois de la guerre américaine et de la trahison de nombreux dignitaires de son propre régime.

Trois semaines seulement après le lancement, le 20 mars 2003, de la deuxième guerre d’Irak par le président George W. Bush — guerre que le président guinéen du Conseil de sécurité de l’ONU, François Lonseny Fall, avait tenté d’empêcher par la voie diplomatique — Saddam Hussein fut abandonné par de nombreux collaborateurs civils et militaires, certains officiers ayant été soudoyés par les Américains.

Son régime baasiste s’effondre lorsque ses compatriotes abattent son immense statue au centre de Bagdad, le 9 avril 2003. Il sera traqué, arrêté après neuf mois de cavale dans une cachette, jugé et pendu par les mêmes Irakiens le 30 décembre 2006.

Le monde fut également stupéfait de la rapidité avec laquelle les dirigeants du Parti communiste désertèrent cet appareil politique après l’effondrement de l’Union des Républiques socialistes soviétiques, le 26 décembre 1991, intervenu seulement vingt-quatre heures après la démission de Mikhaïl Gorbatchev.

Soixante-dix ans après sa création, le 30 décembre 1922, disparaissait ainsi un État et un régime incarnés par un parti considéré comme le plus solide du monde de l’après-guerre.

En Guinée, la fidélité au régime que l’on a contribué à glorifier a toujours été fragile.

Le régime du PDG, renversé le 3 avril 1984, n’aura pas survécu plus d’une semaine à la mort de son leader, le président Ahmed Sékou Touré, décédé le 26 mars 1984.

Quelques jours après la prise du pouvoir par les militaires du CMRN, les observateurs furent surpris de constater avec quelle ardeur d’anciens responsables et propagandistes du PDG participaient à la diabolisation du parti-État, désormais réduit à la seule responsabilité d’Ahmed Sékou Touré.

La fuite des auditions menées en 1984 à la prison civile de Kindia révéla des témoignages stupéfiants de dignitaires qui, pour échapper aux geôles, reniaient la ligne qu’ils avaient pourtant incarnée pendant vingt-six ans.

Si le tombeur du parti-État a lui-même bénéficié pendant vingt-quatre ans de la transhumance d’anciens révolutionnaires, le régime du général Lansana Conté et le PUP n’ont pas survécu à la disparition de leur fondateur.

Dès la nuit du 22 décembre 2008, avant même son inhumation, ses proches militaires et civils faisaient déjà allégeance au capitaine Moussa Dadis Camara au camp Alpha Yaya Diallo.

Quant au président Alpha Condé, premier chef d’État guinéen renversé de son vivant, il assiste aujourd’hui, impuissant et à distance, à la valse politique vers le pouvoir du général Mamadi Doumbouya de nombreux anciens laudateurs qui se présentaient hier encore comme ses plus fidèles soutiens.

Avec les mêmes méthodes et pratiques, le régime du général Mamadi Doumbouya sera-t-il l’exception guinéenne ?

Abdoulaye Condé







TAGS : InternationalPolitique

Commentaires 1

C
Cheick fiston
17/03/2026
Ton texte est solide et bien structuré.

Tu relies un conflit international à la réalité politique guinéenne avec précision. Les références historiques renforcent ton analyse et donnent du poids à ton propos.

Les comparaisons sont pertinentes. Elles illustrent clairement la différence entre fidélité politique et opportunisme.

Le passage sur la Guinée marque les esprits. Il rappelle des faits concrets et met le lecteur face à ses propres constats.

Une plume claire, documentée et engagée.

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